Il y aura très bientôt, en février 2018, plus exactement le 9, 20 ans que l’Open Source Initiative naissait à Palo Alto.

En février 1998 une réunion se déroula chez VA Linux Systems (aujourdhui Geeknet, précédemment Sourceforge.net). Elle réunissait Todd Anderson, Chris Peterson, John « maddog » Hall, Larry Augustin, Sam Ockman et Michael Tiemann. Elle eut lieu sous l’impulsion de Bruce Perens et d’Eric Raymond. Le but de la rencontre était de discuter de la promotion du logiciel libre auprès des entreprises, dans une approche pragmatique. La réunion déboucha sur la création de l’Open Source Initiative (OSI), avec comme objectif de sensibiliser le public et le secteur privé de l’intérêt du logiciel libre par opposition au logiciel propriétaire.

La notion de logiciel libre agitait toutefois la communauté des programmeurs et autres acteurs informatiques depuis pas mal d’années. On peut dire que cette réunion constitua une scission entre deux conceptions du logiciel libre: d’un côté l’approche pragmatique de l’OSI que l’on considère aujourd’hui comme le point de départ du concept et celle, éminemment éthique de Richard Stallmann. Ce dernier, militant de la cause du logiciel libre de la première heure, est un programmeur. C’est lui qui a lancé le projet GNU en 1983 et la licence publique connue sous l’acronyme GPL. C’est lui encore qui a popularisé le terme de « copyleft », un droit donné à quiconque d’utiliser, de modifier et de diffuser un travail soumis aux droits d’auteur pour autant que l’autorisation donnée par l’auteur reste préservée. Richard Stallmann continue de mener sa croisade aujourd’hui encore. Depuis quelques années, il se bat contre les brevets logiciels et la gestion des droits numériques, les DRM. Il reste connu pour être l’initiateur du mouvement du logiciel libre.

Un des deux cofondateurs du mouvement dit pragmatique, Bruce Perens travaillait sur le projet Linux-Debian et s’attachait à rédiger un texte décrivant les principes du logiciel libre dans le cadre de Debian. En concertation avec les développeurs de la firme, il en était arrivé, en juin 1997, à un document final qui devint une des règles du projet Debian. Bruce Perens est détenteur de la marque « open source » et créateur de l’Open Source Definition. L’Open Source Definition détermine si une licence remplit les conditions nécessaires pour être considérée comme libre par l’OSI. Un an après la création de l’OSI Bruce Perens estima que l’Open Source Initiative était un échec et se tourna vers la Free Software Fondation de Richard Stallmann qu’il considéra comme étant plus à même de procurer d’avantage de libertés aux utilisateurs des programmes.

Eric Reymond, « ESR », lui, est un célèbre hacker américain qui popularisa l’usage du terme « open source » par opposition à « free software » de Richard Stallmann. Il est intéressant de souligner ici les divergences de vues entre le concept « open source » d’ESR et celui de « free software » cher à Richard Stallmann, par ailleurs fondateur de la Free Software Fondation. Alors que Richard Stallmann met en avant les aspects éthiques et philosophiques des logiciels libres, Eric Raymond lui, est opposé à cette conception « séduisante » mais trop moralisatrice et normative à ses yeux. Il préfère insister, d’un point de vue utilitaire et économique, sur l’aspect qualitatif des logiciels à code ouvert. Ce dernier qualificatif lui convient mieux que free software qui, en anglais, laisse entendre qu’un logiciel libre est gratuit alors que ce n’est pas forcément le cas. Eric Raymond pense que les licences, et même la licence GPL, n’ont plus de sens aujourd’hui. Le développement libre est beaucoup plus efficace que le code propriétaire et adjoindre une licence GPL a un logiciel libre ne ferait, selon ESR, que punir économiquement l’auteur qui utiliserait un tel logiciel.

Toujours est-il que, si l’on remonte un peu dans le temps, en février 1992 Linux Torvalds diffusa son noyau Linux sous licence GPL et les contributions de centaines de programmeurs firent que les premières distributions Linux apparurent. Tim Berner Lee, le chercheur au CERN qui travailla sur le World Wide Web, le web, était convaincu de la nécessité d’ouvrir les logiciels utilisés pour la construction d’Internet ce qui fut fait. Tim Berner Lee a toujours affirmé que, sans cette décision, le web n’aurait jamais existé. Il y aurait eu pleins de mini-web qui auraient jalousement gardé leurs secrets de fabrication et une nuée de programmeurs qui auraient cherché à contourner les brevets.

Qu’en est-il aujourd’hui, 20 ans après, de la sensibilisation du public et des entreprises privées au logiciel à code ouvert ?

Force est de constater que les changements sont lents et si l’open source domine maintenant de manière écrasante les plates-formes d’entreprise ce n’est pas le cas des postes de travail qui font appel encore et toujours à du code fermé et propriétaire.

24 janvier 2018 / jmburri

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